Faire ce qui est “juste” VS faire “n’importe quoi”​

 

“Être aligné c’est savoir laisse respirer toute les parts de son humain en arrêtant d’être ds un contrôle systématique qui est une forme de flicage de la pensée et de l’attitude qui nous empêche de penser ce que l’on ressent, mais nous pousse à devoir avoir une sorte de ressenti sur mesure qui sont les ressentis qu’on doit avoir lorsqu’on incarne ce genre de personnage.”*

 

 

Accompagnante psychocorporelle depuis plus de 15 ans à présent, j’ai beaucoup “travaillé sur moi”. Oh, comme je déteste ce terme à présent. J’ai “guéri” mes blessures, je ne peux plus non plus utiliser ce terme non plus. J’ai néanmoins pansé certains traumatismes, je ne peux le nier.

 

 

J’ai cheminé sur mon chemin de conscience, essayant de comprendre les mécanismes à l’œuvre en moi. Motivée essentiellement par une curiosité naturelle afin de comprendre ce qui anime l’humaine que je suis à agir, réagir, à m’enthousiasmer ou déprimer, à avoir envie de…, à être blessée, en colère…

 

 

Certains mécanismes inconscients sont devenus conscients. Je les ai les déjoués et ils ne font plus partie de la personne que je suis depuis des lustres. D’autres me gouvernent toujours. Et même si je vois le mécanisme à l’œuvre, je n’ai pas encore et je n’aurai peut-être jamais d’emprise dessus.

 

 

Dans le relationnel et surtout le relationnel amoureux, j’ai appris à me sonder avant de réagir, à faire obstacle aux réactions impulsives, enfantines, injustes, violentes…Je me suis efforcée de devenir une meilleure version de moi-même pour mieux relationner, me rendre responsable de moi-même et ne pas faire porter à l’autre le poids de mes incohérences, de mes intolérances, de mes manquements et dépendances, mes jalousies…

À force de persévérance dans cette pratique, jour après jour, semaine après semaine, mois après mois, année après année…j’en ai fait mon métier.

 

 

Ayant acquis un sens aigu des illusions qui me traversent, je peux à présent, relever ( je me trompe parfois bien entendu) celles qui se jouent chez l’autre étant donné que je les reconnais.

 

 

Ces faux semblants, ces excuses, ces prétextes, ces chemins qui nous font tourner en rond parce que c’est plus confortable que de regarder réellement ce que nous faisons, ces endroits où nous accusons, nous déresponsabilisons. Là où nous donnons notre pouvoir pour ne pas nous rendre souverains. Ces peurs qui nous paralysent pensant qu’elles nous servent nous desservent. Ces colères devenues obsolètes, ces luttes inutiles. Ces endroits où nous sommes complètement infantiles. Cette rigueur d’être (oui certains me savent cash, trop parfois, j’ai envie d’ailleurs de me tatouer Kali sur l’épaule, symbole de la mise à mort violente de l’illusion en action) que je me suis appliquée me sert à voir en l’autre là où il ment, ou il se ment pour commencer.

 

 

Je me suis faite adulte responsable dans mes relations amoureuses, en  ne laissant pas ou presque pas de place à l’enfant intérieur, blessé, déséquilibré, en manque de reconnaissance et de sécurité. Je ne sentais de toute façon pas que cela serait accueilli ou que j’aurais accueilli cela chez l’autre.

 

 

Et puis avec tout cela dans les bagages, confinée chez moi, dans l’impossibilité de travailler à nouveau, j’ai décidé l'hiver passé,  de m’envoler vers d’autres cieux, plus cléments, un moment.

 

 

 

Destination la Tanzanie, Zanzibar plus particulièrement, un vrai paradis sur terre.

 

 

Un dépaysement garantit, pas de mesures “sanitaires”, une liberté totale, le soleil, le sable blanc, les cocktails. La rencontre avec les locaux et leur culture aux antipodes de la mienne. La curiosité et le choc, ensuite l’adaptation et l’insupportabilité pour finalement arriver à l’acceptation et l’intégration, le décantage.

 

 

La culture là-bas m’a tant enseigné, plus qu’en Inde alors qu’en allant en Afrique je recherchais juste un moment de vacances et de repos hors de ce contexte anxiogène où je ne pouvais même plus travailler; en Inde je visais un déploiement spirituel. Au départ trois semaines qui se sont transformées en 10 mois…

 

 

Une petite année au cours de laquelle je me suis pris le mur comme on dit. Un engagement n’est pas si important, un rendez-vous peut-être manqué et personne ne vous en voudra même si vous ne prévenez pas. L’urgence n’existe pas, le sérieux non plus. Le retard est la norme.

 

 

En relationnant de façon intime là-bas, j’ai découvert que tout était permis tant que cela ne se savait pas. La vraie définition du secret!

 

 

J’ai été éprouvée par un fossé culturel dans mes interactions intimes, une impossibilité à se retrouver sur les essentiels. Des attitudes qui dans un sens ou l’autre étaient les indices de manque de respect et de considération. Les excuses qui justifient tout. Les conflits fréquents, les scènes de drame que j’ai initiées bien souvent, les ruses et tactiques mises en œuvre au quotidien pour avoir ce que l’on veut. Le “je te fuis, tu me suis et inversement” à tire-larigot. Le manque de confiance qui empêche de poser des bases saines. Les méchancetés et comportements dignes d’enfants de deux ans. Je rappelle, ceci dans les deux sens... Les “pour toujours” “seulement toi” “plus jamais”

Les tromperies, les jalousies et tout cela avec aucune charge de gravité.

 

 

Les retrouvailles théâtrales après les disputes fréquentes. Le lendemain tout était oublié enfin là, par pour moi avec mon regard d’occidentale.

 

 

Et les semaines et mois passant, j’ai appris à ne plus donner autant de gravité aux évènements, aux attaques, aux duplicités, aux jalousies, aux cris, aux manquements, aux absences, aux retards exagérés, aux parts de moi-même injustes, colériques, jalouses, instables, incorrectes…

 

 

“Akouna matata” “Il n’y a pas de problème” est quelque chose que vous entendez des dizaines de fois tous les jours là-bas.

 

 

 

J’appliquais peu à peu la philosophie locale avec une joie immense.

 

 

"Le seul moyen de transcender quelque chose, c’est de l’incarner.”*

 

 

Je me suis laissé être toutes ces facettes infantiles de ma personne auxquelles je n’avais plus laissé libre cours depuis si longtemps. Et vous savez quoi? C’était bon. C’était délicieux.

 

 

L’égo en a pris un coup de voir ces pans de ma personnalité que je croyais éradiqués. Non ils étaient juste contenus, terrés bien profondément, si loin, de façon si tactique que je n’y avais même plus accès. Je croyais avec qu’ils ne faisaient plus partie de moi. Par pudeur, et oui j’en ai tout de même, je ne vous ferai pas la liste de certains agissements dont j’ai fait preuve! Certaines de mes attitudes vous paraitraient incompréhensibles, inacceptables…

 

Nous en avons débattu avec mes amies sur place, car le contexte invite à…Vu d’ici, je ne crois pas que cela serait compréhensible. Nous étions toutes d’accord de dire qu’avant notre séjour sur place, nous n’aurions pu valider nos propres comportements. Et pourtant…

 

 

Puis le surdosage de cette légèreté s’est fait sentir. Dans ce contexte pour moi, plus rien n’avait de sens, de poids, de sacré.  Vu que tout était permis, qu’il n’y avait plus de cadre ou de limite, j’ai vécu la perte de valeur. Tout est devenu égal, équivalent…

 

 

À mon retour ici, j’ai compris que je venais de recevoir une de mes plus grandes leçons de vie. Je me suis rappelé ce mantra: “LILA HAM” qui signifie le jeu de la création.  Qui invite à mettre de la légèreté et de l’espièglerie dans nos vies que l’on prend très, trop souvent au sérieux.

 

 

J’arrive à présent à conjuguer le “juste” et le “n’importe quoi” et comme le disait une amie, il est juste de faire n’importe quoi parfois, pas toujours comme je l’ai vu à Zanzibar.Je ne prétends faire être tout le temps dans le juste, je n’apprécie pas être uniquement dans le n’importe quoi. J’ai les deux en moi. Et cela participe de l’amour que j’ai pour moi humblement, mais véritablement.

 

 

 

 

 

Autrice: Umâ Aum

 

*Franck LOPVET, “Elargir sa vie”, Podcast d’Agnès Ghesquière